Arbia Smiti

Fondatrice de Carnet De Mode

Fashion victim

Par Ahcène Amrouz

«Je suis issue d’une famille de fonctionnaires tunisiens ; il n’y a pas de culture entrepreneuriale dans ma famille»

Le parcours d’Arbia Smiti est à la fois une prise de risque et la poursuite une passion. Tombée dans la grande marmite des start-up par un concours de circonstances, la e-fashionista se retrouve aujourd’hui à la tête d’une petite entreprise, Carnet de Mode, qui ne connaît pas la crise.

Une étudiante pressée mais méthodique

Ce qui n’est alors qu’une idée germe dans l’esprit de la jeune chef de produit chez L’Oréal. Mais déjà, Arbia Smiti veut tout faire, tout superviser, pas juste des bouts de projets et arriver en bout de chaîne. Elle a alors 25 ans et sent que c’est le moment idéal pour monter sa start-up. Il lui faut un concept fort faisant la synthèse entre sa passion pour la mode et le digital : ce sera Carnet de Mode. Mais Arbia n’est pas qu’une jeune fille pressée, c’est aussi quelqu’un de très méthodique, qualité probablement héritée de son passif d’ingénieure. Avant de se jeter dans le grand bain, elle signe un CDI dans une entreprise d’e-commerce, « pour voir comment ça marche », précise-t-elle. Cette expérience lui permettra de vérifier la difficulté de la tâche qui l’attend. « J’ai découvert que l’e-commerce n’était pas toujours rentable », conclut-elle.

carnet de mode photo arbia Smiti CEO

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Le diable ne s’habille pas qu’en Prada

Elle pense alors au modèle de la marketplace : devenir une plateforme de référence entre des créateurs et des clients d’un nouveau genre, plus pointus. « Les gens ne veulent plus de pièces industrialisées et standardisées », prophétise-t-elle. Dès lors, Carnet de Mode donne sa chance à des créateurs qui n’auraient jamais pu exprimer leurs talents. Arbia Smiti tente d’abattre les frontières du monde très fermé de la mode grâce au digital. « Internet permet d’exposer plus vite et plus largement un créateur », précise-t-elle.

Avec la réussite vient aussi la reconnaissance du milieu. Même si ce n’était pas gagné… Les agents ont vu d’un mauvais œil cette plateforme qui se substituait à leur travail. Mais ils s’inclinaient devant l’évidence. « Les mentalités changent, le online devient de plus en important pour la mode », tranche-t-elle. Après coup, Arbia a su transmettre sa vision et imposer le web comme un outil redoutable pour mobiliser des acheteurs et donner vie à des collections uniques.

 
«le online devient de plus en plus important pour la mode»
carnet de mode photo arbia Smiti CEO

Incubateur de mode

Carnet de mode se conçoit ainsi, comme cet incubateur de créateurs de mode. Avant d’intégrer un créateur à sa plateforme, Arbia et son équipe étudient son univers et ses collections. Ils cherchent surtout quelqu’un qui soit à l’avant-garde, quelqu’un qui réponde aux nouvelles habitudes de consommation. « On recherche avant tout quelqu’un capable de créer les pièces qu’on veut toutes avoir ! », renchérit-elle. Cet objectif de faire buzzer et émerger les créateurs de demain semble porter ses fruits. « Plusieurs de nos créateurs ont été repérés grâce au site » et ont désormais les moyens de leur talent et leur ambition.

La créativité est ce qui l’anime. Arbia Smiti en a fait sa religion au sein de son équipe de 10 collaborateurs en leur offrant des marges de manœuvre considérables. Son équation : 80 % d’action et 20 % de brainstorming. « Ils ont carte blanche ; seul le résultat m’importe », confie-t-elle.

Un état d’esprit qui permet à Carnet de Mode de revendiquer 100 000 visiteurs uniques par mois et 150 000 inscrits actifs. La jeune Tunisienne, Parisienne d’adoption, ne regrette pas son choix de s’être lancée depuis l’hexagone. « La France est un bon début pour la mode en termes d’image », confie-t-elle.

Mais, on le comprend très vite, Arbia n’a pas de frontières, et le marché le lui rend bien. 70 % de son chiffre d’affaires est généré à l’étranger, États-Unis en tête. Son approche consiste à faire la synthèse entre local et global et Arbia compte bien vérifier que personne ne lui résiste. Prochaine arrêt; La Chine.