Baptiste Lorber

Humouriste

Rire en pets

Par Jean-Baptiste Semerdjian

Ça ne vole pas haut !

Eh oui, les vidéos virales qui ont rendu célèbre Baptiste Lorber se ponctuent de « prouts » et « cacas ». Si ce disciple d’Alain Chabat a été biberonné aux gags des Nuls, il a su rajeunir le concept pour mieux faire glousser des millions d’internautes. Scato pour certains, trash pour d’autres, ou juste nul pour ceux qui restent, il ne laisse pas indifférent, et c’est déjà incroyable vu l’immense panier de crabes qu’est l’humour sur le web.

10 minutes à perdre

Flashback

  • 10 janvier 1986

    Naissance
  • 12 juillet 1998

    Victoire de la France à la coupe du monde
  • 8 janvier 2009

    Lancement de La Grosse Commission
  • 3 mars 2010

    Lancement de "10minutesàperdre"
  • 25 août 2015

    Début au cinéma

Le provocateur de l’île

Baptiste est originaire de Noirmoutier. Noir quoi ? Noirmoutier, une petite île de l’océan Atlantique située en Vendée. Aussi surnommée l’île aux mimosas selon Wikipédia, qui ne se trompe jamais, on peut résumer ce petit bout de terre en disant qu’il ne s’y passe pas grand chose si ce n’est des pommes de terre qui poussent et des vagues qui moussent. C’est donc de bien loin qu’arrive Baptiste, cette grande allumette de 1 mètre 98 aux yeux bleus doux et au regard enfantin. Et nous insistons sur ces détails, car il en joue parfois à l'excès dans les vidéos qui ont fait son succès.

Enfant agité et très curieux, il mène la vie dure à ses professeurs. « J’étais dissipé et compliqué à canaliser, mais, quand je rentrais chez moi, je dormais. Je me donnais à fond à l’école. C’était trop cool, il y avait tout à faire, la récré, les potes, le foot, les cours, etc. Ça n’a pas beaucoup changé. Je me donne beaucoup et, le reste du temps, je dors. » À 14 ans, ses parents l’expédient dans un internat. Le diable de Noirmoutier fait alors moins le malin. Ambiance de camaraderie et« t’ar ta gueule à la récré », il se souvient avoir été une sorte de « teigne provocatrice ».

« Quand tu es de Noirmoutier, tu as l’impression que, les médias, c’est très loin »

Notre bad boy aux boucles d’or continue la tournée des internats avant de s’installer dans un lycée plus calme, à Nantes. À l’époque, il voulait faire l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, mais, heureusement, l’idée lui passe vite et il commence à faire du théâtre. « Femme qui rit, à moitié dans ton lit », comme le dit un vieil adage misogyne (un de plus). On imagine donc Baptiste, le clown qui emballe toutes les filles. Pas du tout, Baptiste est le meilleur ami, le confident, le looser en fait.

La politique et "Madame Salope"

Aussi saugrenu que Saint-Cyr, Baptiste veut faire de la communication politique. Il vise alors une énième école de communication et débarque à Barbès après son bac. « J’étais content, mais un peu flippé, car face à moi-même ! ». De la Vendée au faubourg Poissonnière, notre comédien en herbe reste dans le registre aquatique. C’est alors la douce vie étudiante. Il alterne pâtes et boîtes de conserve. Le Noirmoutrin a la rage de vaincre et enchaîne les stages.

Fidèle à ses envies, son premier stage se passe donc dans un énième lobby. Il tombe de haut. « C’est un monde de monstres qui se mettent sur la gueule au parlement devant les caméras et sont potes ensuite », se désole-t-il alors. Et un jour, c’est le drame. Alors qu’il devait écrire des cartons d’invitation, il remplace les prénoms des élus FN invités par « Madame salope » ou encore « Monsieur connard ». À son plus grand plaisir, il se fait virer.

Faire et refaire l’humour

Quelques stages décevants passent, et il se retrouve, par chance, assistant de production de l’émission de France Inter Sous les étoiles exactement.
Le problème ? Il travaille seul de jour dans un bureau pour cette émission qui est diffusée en direct la nuit. Il ironise encore de n’avoir « parlé à personne pendant quatre mois ».
Les médias lui plaisent, et le voilà assistant de l’humoriste Dan Bolender. Avec lui, Baptiste découvre l’humour, l’improvisation et les micros-trottoirs.

« Quand tu es de Noirmoutier, tu as l’impression que, les médias, c’est très loin »,
note avec philosophie notre petit provincial né face à la mer. Et ce décalage est risible quand il arrive en costume-cravate à un entretien pour être l’assistant de Mathilde Serell et Armel M sur Radio Nova. Miraculeusement, il est pris. « J’y étais comme un poisson dans l’eau », raconte l’ancien stagiaire encore émerveillé d’y avoir notamment rencontré Afrika Bambaataa ou même de s’être fait péter la gueule par des CRS lors d’une manifestation.

 
«On ne s’arrête jamais à la première idée»
le logo de VLC

Dans la même période, il crée un fanzine appelé très naïvement La grosse commission. Le concept est simple : « le premier magazine à lire aux toilettes ». Inutile d’aller plus loin dans l’explication du contenu, le titre parle de lui-même. La grosse commission est alors distribué à 15 000 exemplaires. Ça fonctionne plutôt bien, il en fait même la promo, notamment aux Grosses Têtes. Les grands esprits se rencontrent !

Grâce à ce succès « littéraire », Baptiste est repéré par l’agence de communication Buzzman, qui l’embauche comme concepteur-rédacteur (dans le langage des gens normaux, ce serait celui qui crée les slogans par exemple). Il y découvre des techniques de travail particulières : « On ne s’arrête pas à la première idée ; c’est seulement à la septième que ça vaut quelque chose. »

C’est sur la rédaction du deuxième exemplaire que Baptiste rencontre son futur compagnon de route, Gaël. Pour tenter de mimer leur humour, on pourrait dire que c’est « le coup de foutre amical ». Ensemble, ils décident de lancer un site qui fera la part belle à leur humour. Nous sommes en 2010, et les deux comparses publient alors leur première vidéo : Vraiment PD. Baptiste reprend son souffle dans son récit. Son sourire enfantin (ré)apparaît, pour déclarer fièrement « et c’est le buzz ! ». Plusieurs millions d’internautes regardent cette vidéo qui croque les clichés comportementaux qui caractériseraient les gays. Les deux comparses vivent alors dans le même appartement et publient sur leur site des vidéos et des articles 24/7. Ils créent même une boîte de production au nom très évocateur : WorldWide Zboub production.

Gloire, échec et zboub

En 2012, Canal+ les repère et ils se retrouvent au Grand Journal en remplacement de Bref et du Service après-vente des émissions. « On s’est cassé la gueule. Ça a été l’enfer ! » Wold wide Zboub production sombre à cause d’un actionnaire escroc. Baptiste est au plus bas : « C’était la merde », explique le papa de La grosse commission. Après des hauts et des bas, Baptiste et Gaël se rabibochent et lancent avec Canal+ (toujours eux) Bapt et Gaël TV, des vidéos avec le même ton mais aux sujets plus larges. Comme toujours, ils croquent la société et tous ses travers quotidiens mais cette fois-ci avec beaucoup plus de moyens. Ils ne s’arrêtent pas là. Ils ont aussi publié un dessin animé au titre très prometteur : Bapt et Gaël et les aventures de la couille cosmique.

Il est à l’affiche d’un film où il joue le fils dépressif de Jacques Gamblin. Touche-à-tout, Baptiste se définit comme un auteur-réalisateur-comédien. Et quand on lui reparle de sa première vocation professionnelle, Baptiste n’y va pas de main morte : « La politique ? Je chie dessus. Mon métier, c’est divertir les gens et justement leur faire oublier que nous sommes dans un monde d’enculés ». Certes, ça ne vole pas haut et le langage est fleuri, mais Baptiste, au moins, lui, a les pieds sur terre.

portrait précédent :

Père à pairs

Quand on abandonne quelque chose auquel on croit vraiment, c’est comme un handicap pour la vie

prev

portrait suivant :

Fubiz or not Fubiz

Je ne prends pas le risque de trop changer ma vie, de peur de faire tomber le château de cartes

next
La liste des portraits