Clémence Pène

Responsable du numérique de la campagne d'Anne Hidalgo

La data-pionnière de l'Ouest

Par Jean-Baptiste Semerdjian

« On n’a presque pas dormi, mais c’est cool »

Clémence Pène manie les données et les réseaux, surtout sociaux. C’est lors d’un hackathon politique que nous tombons sur elle. Sous ce terme barbare (contraction des termes « hacker » et « marathon ») se cache un rassemblement de geeks s’acharnant pendant 3 jours à créer des outils et du savoir autour d’innovations technologiques. En plein marathon, donc, elle circule entre les participants, armée de son MacBook au sticker diamant et de son iPhone aux vibrations frénétiques. Ce jour-là, elle est fatiguée : « On n’a presque pas dormi, mais c’est cool », lâche-t-elle entre deux tweets.

Quelques jours plus tard, on retrouve une Clémence Pène rechargée au sourire retina dans son bureau du local de campagne d’Anne Hidalgo. Les lieux sont spacieux et tapissés d’agitprop aux couleurs flashy et à la gloire de la candidate de gauche pour Paris. Naturellement, elle s’exprime en présence de ses deux meilleurs amis technologiques siglés Apple.

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S’instruire pour vaincre

Diplômée de l’école de journalisme de Tours à 20 ans, elle explique que ses premières aventures dans le journalisme politique la confrontent à son manque d’expérience. « J’étais trop fraîche pour ça. Et le journalisme manquait d’engagement », reconnaît–elle, sans embarras. Elle décide d’étudier la science politique afin d’acquérir le bagage conceptuel qui lui manquait. « À la fac, c’était la LCR qui se battait avec la ligue ouvrière. » Ambiance… Sa vocation de chercheuse prend alors naissance, et elle travaille notamment sur le militantisme en ligne en comparant l’UMP et le PS pour la présidentielle de 2007.

L’hyper-hacktive

Prévoyant la première campagne d’Obama, elle prend son tournant américain en 2008 et part étudier à la Brown University, dans le Rhode Island. Là, elle observe les différences entre les USA et la France. « Le fossé était monumental », observe-t-elle en prenant part à la campagne démocrate. Forte de ses expériences étasuniennes, elle tente d’appliquer les méthodes qu’elle a observées pour les régionales françaises de 2010. « Pour la première fois, on a testé la complémentarité entre le web et le terrain. Ça n’a pas marqué l’Histoire, mais on a rodé nos techniques », ajoute-t-elle.

De retour aux USA, elle commence sa thèse à l’intitulé long, mais cohérent : « La circulation transnationale des modèles de mobilisation en ligne entre la France et les États-Unis lors de campagnes ». Pédagogue, elle décrypte le sujet comme une recherche franco-américaine sur la professionnalisation des communicants politiques sur Internet. En 2012, rebelote, elle prend part à la deuxième campagne d’Obama, comme stagiaire dans l’agence de Joe Rospars, l’un des gourous de la communication "obamanienne".

 
« Les débats en ligne permettent des échanges qualitatifs »

Le pari Paris

Année municipale oblige, la jeune Clémence troque ses habits de chercheuse contre ceux de responsable du numérique de la campagne d'Anne Hidalgo. Enthousiaste, elle célèbre la convergence à l’œuvre. Le numérique n’est plus regardé comme un gadget. « Quand on monte une opération de porte-à-porte, Internet nous permet de recruter les militants, de cibler les publics et de partager les informations en temps réel grâce aux data ». Chantre de la politique transmedia, elle détaille ses outils de militantisme, allant du "simple" message Twitter au "call to action" ciblé par catégorie de public. « J’espère que c’est la campagne politique 3.O », conclut-elle avec audace.

La politique numérique

Quand, par provocation, on aborde un web « défouloir à militant borné », elle se transforme en geek-furie et s’insurge : « Je ne suis pas sûre qu’un vrai débat soit de toute façon possible dans la vraie vie », précise-t-elle. Vous ne la croiserez définitivement jamais tout sourire à la terrasse d’un café, à débattre avec un militant UMP. « Au contraire, les débats en ligne peuvent permettre des échanges très qualitatifs. » Pour elle, « Internet augmente une campagne politique en la scientifisant ». Grande partisane d’une transparence totale, elle milite pour une open-gouvernance au-delà de la simple promesse de campagne.

De peur de tomber dans le panier de crabes des communicants, Clémence Pène reste "border" et se définit comme une « engagée politique qui construit des communautés ». Concernant son avenir, elle éloigne toute ambition carriériste à la Mairie de Paris et se voit, pourquoi pas, à New York, toujours chez Joe Rospars. Le storytelling est en tout cas prêt. Elle a déjà gagné la Green Card à la fameuse loterie, donc son futur lui plaît d’avance.

Peut-être communicante, et sûrement militante, Clémence Pène est de gauche, car elle y trouve une « appétence pour l’innovation et le progrès ». Un sacerdoce qu’elle porte au quotidien en maniant des outils informatiques à la pointe du militantisme.

Pionnière technologique à 100 %, elle dégaine son capteur corporel qui lui donne son état de santé en direct, et s’énerve d’avoir si peu dormi. Il est tard, l’émission Envoyé Spécial sur Anne Hidalgo va commencer. Elle refresh sa coupe de cheveux et son fil Twitter. La campagne continue et la communauté attend son MC.

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