Miles Rose

Fondateur de SiliconAlley.com

Connecting People

Par Ahcène Amrouz

« Ma carrière est une combinaison de ce que je connais, qui je connais et qui ils connaissent. »

Pour Miles Rose, vétéran du web, les réseaux, ça compte. Ancien comptable dans le cinéma, il a profité de l’explosion du Web pour « devenir » entrepreneur et « entremetteur ».

À l’écouter, tout cela est plutôt logique. Pour lui, le cinéma et les start-ups fonctionnent de la même manière : par projets et épisodes. « Je suis plus motivé par l’exploration que par la répétition », insiste-t-il.SiliconAlley.com, sa plateforme communautaire de conseils entre startupers et investisseurs, s’inscrit dans ce besoin de diversité. Avec un œil à la fois critique et enthousiaste, le sage pose un regard inédit et original sur les évolutions du web.

devise

Flashback

  • 25 février 1954

    Naissance
  • 1974-1976

    Diplôme de compta
  • 1996

    Lance SiliconAlley.com
  • 2006

    Sa première startup, ConsumerSearch.com, vendue au New York Times
  • 2009-2011

    Déçu par l'aventure californienne

Mémoire vive

Rencontrer Miles Rose, c’est comme retrouver la première disquette de l’Internet, avec tout son lot d’anecdotes invraisemblables et de milliardaires accidentels. À l’époque, chaque minute en ligne était un pas de plus vers l’inconnu. « Comme Magellan et Colomb, nous étions les colonisateurs d’un espace immense », ajoute-t-il. Les pionniers de l’époque, dont il fait partie, se regroupent alors dans les cybercafés, pour inventer leur histoire et réfléchir à des règles. L’« e-xplorateur » n’est pas spécialement nostalgique de cette époque. Car, pour lui, l’histoire d’Internet vient tout juste de commencer. De nouvelles technologies apparaissent. Il est encore trop tôt pour placer un « âge d’or ». « Le réseau va continuer de voguer vers de nouveaux horizons ; il y a toujours un territoire vierge de l’autre côté de la montagne », prédit-il.

« Like a digital hobo »

À l’entendre, tout reste encore à inventer. Internet a créé tellement de réalités simultanées qui rendent le travail d’un « networkeur » plus facile. « Au même moment, je peux être au bureau à New York, « skyper » avec un collègue à Hong-Kong, chercher sur Google les tarifs d’importation au Moyen-Orient, participer à un webinar et envoyer des textos », s’enthousiasme-t-il. Il ose même imaginer la multiplication des réalités avec l’inclusion d’autres sens, comme le toucher ou l’odorat.

Utopie ? Pas si sûr pour lui. « Le monde virtuel est la somme d’expériences réelles diverses et variées », insiste-t-il. Sous cet angle, la quête est infinie. Selon Miles, « nous sommes toujours sur le départ et nous avons tous en commun la poursuite d’un certain idéal ». Cette constante fuite en avant donne naissance aux services qui font le web de demain. Face à cette infinitude, il invite les créateurs à regarder plutôt du côté des choses qui marchent mal. Pour lui, le Big Data aidera à régler certains de ces problèmes : la recherche en ligne, le e-commerce ou la mobilité. « Le futur appartient à ceux qui ne savent pas ce qu’ils peuvent faire », proclame-t-il.

 
« Le futur appartient à ceux qui ne savent pas ce qu’ils peuvent faire »

La Silicon Alley : « une grande mare pour devenir un gros poisson »

En France, on connaît généralement plus la Silicon Valley que sa rivale de l’est. Même si Miles Rose le dément, il adresse quelques piques et fait valoir les avantages de la « Big Apple ». On ne peut s’empêcher de penser à cette même rivalité qui avait secoué le milieu du hip-hop dans les années 90.

Pour lui, la Silicon Valley manque de diversité. La ville est entièrement tournée vers une seule et même industrie : celle des start-ups. La Silicon Alley est un endroit propice pour entreprendre : « À New York, tous les types de clients sont représentés dans des proportions critiques », affirme-t-il. Surtout, il ne faut pas minimiser le rôle des grandes entreprises, toutes basées à New York, dans l’émergence de l’industrie technologique. Et puis l’endroit où l’on se trouve importe peu, car, « dans le monde virtuel, nous sommes à la fois nulle part et partout », assure-t-il. Tant qu’il y a une connexion Internet, vous êtes dans la Silicon Valley. Il préfère parler de complémentarité plutôt que de rivalité. La diversité n’a jamais fait de mal. « Coexister n’est pas juste souhaitable, c’est plus que nécessaire », confie-t-il.

Avoir un Américain sous la main, c’est aussi l’occasion de mesurer le fameux « French bashing ». Loin de conforter nos doutes, Miles Rose nous offre une petite dose d’espoir. Selon lui, la France possède un atout indéniable : sa langue. « Elle est parlée et utilisée partout, mais surtout dans des endroits qui connaissent un développement très fort aujourd’hui ; ce devrait être le cas des technologies françaises », ajoute-t-il. Du pain sur la planche donc !