Corentin Boissier

Compositeur

Le nouveau romantique

Par Ahcène Amrouz

«De nos jours, c’est suicidaire, à 19 ans, de vouloir composer de la musique classique.»

Il habite à la Défense, éloge du béton, mais crée, touche par touche, une nouvelle musique classique romantique. Corentin Boissier a toujours voulu être compositeur. Par chance, son père, qui est écrivain, n’était pas contre. C’est même lui qui lui a fait écouter, dès sa deuxième année, une heure de musique classique par jour. À quatre ans, debout devant le poste de télé, il dirige le « Sacre du Printemps ». Cela convainc ses parents de lui offrir un piano. À six ans, il fait ses premières tentatives de « composition ». Son père enregistre tout ce qu’il compose ou improvise. C’est décidé, l’enfant prodige sera compositeur. Adolescent, il découvre ce que la musique orchestrale a de meilleur et décide de son propre chef de se diriger vers la musique post-romantique, sur les pas de Samuel Barber et John Williams.

defense art musique classique Oeuvres d'art à La Défense

Flashback

  • 1995

    Naissance, sans cri
  • 2001

    Premières compositions sur piano
  • 2010

    Lance sur YouTube ses chaînes collectionCB
  • 2012

    Une quarantaine de compositions, dont le « Glamour Concerto, pour piano »
  • 2035

    La musique classique redonne le sourire et change la vie

Sans concession

« De nos jours, c’est suicidaire, à 19 ans, de vouloir composer de la musique classique. C’est comme si ma génération était sourde à tout ce qui vient du cœur ou de l’âme. Elle n’entend que le bruit et y répond par la violence », constate-t-il. Il consacre chaque jour l’essentiel de son temps à sa mission, la musique. Il aurait pu se destiner aux échecs, où il excellait aussi, mais la composition l’a happé. À douze ans, il découvre Finale, un logiciel de partition, et ne s’en sépare plus. Thierry Escaich écoute ses premières compositions et convainc ses parents de le faire étudier au Conservatoire supérieur de Paris. Dans cet épicentre de la musique expérimentale, le très jeune Corentin cache ses partitions romantiques à ses professeurs pour réussir les concours, mais entre en relation, sur Internet, avec des spécialistes et des collectionneurs de la musique orchestrale des deux derniers siècles.

En 2010, il créé ses chaînes YouTube « collectionCB ». Il y a déjà présenté plus de 1 400 œuvres post-romantiques inconnues. Il a vérifié, au fur et à mesure de ses recherches, que la musique mondiale du XXe avait été fondamentalement romantique, alors qu’on l’imagine expérimentale. « Schoenberg, Ligeti et Bartók sont une minuscule part de la musique de ce siècle, où 98 % de la production mondiale, notamment en Russie, en Chine, au Japon et en Europe centrale, a été post-romantique », pense Corentin.

Une centaine de youtubers publie des milliers de vidéos chaque jour pour aider les internautes à aimer la musique classique et changer l’opinion que certains s’en font. Corentin défend plus particulièrement une « musique de sentiments », euphorisante, qui se retrouve dans ses compositions : « The Phantom of the Opera », « Passionately Yours », « Casanova Concertino Capriccioso », « Glamour Concerto », « Preludes to Travel », « Victor Hugo in Love, sonata romantica »...

 
«Tout artiste doit être prêt à combattre un système qui abrutit au lieu d’éduquer»
musique classique enfance

L’élitisme pour tous

Corentin Boissier voit la musique classique comme une musique « bio », utile pour l’âme, le cœur et l’esprit, l’opposant à des « produits musicaux industriels » procédant d’un conditionnement éloignant du classique les jeunes générations. Sur les 4 000 abonnés à ses chaînes YouTube, trop peu de jeunes, selon Corentin : « la nouvelle génération refuse systématiquement la musique classique car elle rejette la hiérarchie des valeurs. » Pour lui, « Internet est le seul pouvoir dont disposent les gens pour freiner l’abrutissement général. Quand je fais connaître une œuvre inconnue, je fais un acte politique. Je travaille pour l’avenir de ma génération, mais je suis désespéré par la léthargie des gens.» Un pessimiste actif en quelque sorte, qui semble ne pas avoir d’âge tellement il est iconoclaste et insaisissable.

À peine majeur, mais compositeur en passe d’être reconnu, Corentin Boissier se demande s’il peut faire une carrière de compositeur classique romantique en France, ou s’il doit partir aux États-Unis. En combattant le prêt-à-écouter industriel autant que la musique expérimentale, il veut défendre « une musique qui nous sauverait de la barbarie ». Un romantisme qui fait plaisir à entendre.

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