Micha Benoliel

CEO de Firechat

L’allumeur de mesh

Par Jean-Baptiste Semerdjian

«Un hyperactif numérique !»

Voilà ce qu'est Micha Benoliel. Après avoir créé plusieurs sociétés dans les télécoms, il lance en 2014 l’application FireChat, un réseau social en mesh, soit un réseau entre smartphones qui s'affranchit d’Internet.

Mémoire d’un jeune Niçois (à San Francisco)

Originaire de Nice, ce quarantenaire décrit ses 20 premières années comme une période très classique : bac éco. et école de commerce lambda. Ce qu’il oublie de dire de prime abord, mais rappelle avec soin, c’est qu’à 8 ans il codait déjà sur l’ordinateur de son père. « J’étais passionné, je programmais des jeux sur Texas Instrument et Atari. Ça m’a clairement donné des bases et des intuitions qui m’ont servi plus tard », se souvient-il. Micha Benoliel arrête le code à l’adolescence. Les soirées niçoises prennent le dessus, mais pour un moment seulement.

Comme voyage de fin d’études, il s’envole pour San Francisco. Il y est frappé par la cordialité des chefs d’entreprises qui reçoivent facilement le petit « frenchie » de 20 ans. Il se remémore avec des yeux scintillants sa vie californienne. Il distribuait des flyers pour les boîtes de nuit dans la journée et y dépensait tout son salaire le soir. L’ouverture d’esprit, la curiosité et l’opportunisme qui règnent alors sur le Silicon Valley l’impressionnent ad vitam aeternam.

Firechat réseau social hors connexion

Flashback

  • Août 1980

    Crée un simulateur de vol en BASIC sur un PC Zenith
  • Mai 1992

    Voyage à San Francisco en seconde année de MBA
  • Décembre 2010

    Retour aux US pour fonder Open Garden
  • 21 mai 2012

    Prix de la start-up la plus innovante - TechCrunch Disrupt 2012
  • 28 septembre 2014

    FireChat est utilisé lors de la "Révolution des parapluies" à Hong Kong

De l’import-export

À 23 ans, le jeune diplômé doit faire son service militaire. Micha Benoliel opte pour une coopération en Italie. Pendant 2 ans, il travaille
« tranquillement » dans une entreprise de munitions de chasse. Il revient ensuite en France et lance une entreprise de télécoms en pleine déréglementation du secteur. Il résume son business plan facilement : « J’achetais des minutes de communication par lots au Canada et je les revendais à des entreprises françaises. » Il se heurte aux réticences des entreprises à travailler avec des start-up et vend rapidement ses parts. Poussé par son envie de voyager, Micha Benoliel retourne travailler en Italie. Il reconnaît, avec malice, avoir vendu des munitions de chasse pendant trois ans à travers le monde sans jamais réussir à mirer un vulgaire blaireau.

"One,two, three, viva l'algérie !"

Au cours de ses pérégrinations, Micha Benoliel rencontre une équipe de développeurs ukrainiens, qui l’embrigade comme commercial. Il troque avec plaisir sa casquette de vendeur de munitions pour celle de commercial en solutions informatiques. Le Micha primo codeur retrouve sa passion et créée ainsi sa deuxième entreprise spécialisée dans le numérique. En 2000, sa relation avec les Ukrainiens n’est pas au beau fixe. Il décide de se séparer d’eux pour spécialiser sa société dans la création de sites Internet et de services téléphoniques interactifs.

En 2005, il rencontre les fondateurs de Skype et leur propose de créer une plateforme de services professionnels. Les papas de Skype n’y croient pas trop mais se plaignent de ne pouvoir acheter des minutes de communication vers des numéros de téléphone. Qu’à cela ne tienne, Micha Benoliel propose de faire office d’opérateur pour Skype. Cela fait déjà quelques années qu’il achète des minutes de communication en Algérie et les vend 10 fois plus cher à des entreprises françaises. « C’est comme cela que nous somment devenus les premiers opérateurs de Skype. C’était de la folie. Nous vendions des dizaines de millions de minutes ! », explique-t-il avec fierté.

 
À Hong Kong,Firechat devient vite incontournable
Firechat utilisé par des manifestants à Hong Kong

"Internet, c’est gratuit, c’est mieux."

À partir de 2008, notre Niçois lance plusieurs applications de téléphonies entièrement dématérialisées : Yes, le premier opérateur 100 % gratuit ; CallByName, aux oubliettes les numéros de téléphone, le prénom suffit… À force d’innovations, Micha Benoliel oublie d’être rentable, ce qui le pousse à déposer le bilan en 2010. Il reconnaît avec sagesse : « J’ai compris trop tard toutes les conneries que j’ai faites. C’était instructif, mais je repartais de zéro. »

Il décide alors de créer une nouvelle société, mais à l’unique condition d’être basée aux USA. Avec 2 000 $, il s’installe à San Francisco. Il fait jouer ses relations sur place pour trouver les meilleurs informaticiens et ainsi créer une nouvelle start-up, Open Garden. Il rencontre alors, via Facebook, Stanislav Shalunov, qui travaille à l’époque chez BitTorrent. Ce mathématicien russe est l’architecte du protocole d’extraction des données notamment utilisé par le Cern et Apple (environ 20 % du trafic d’Internet aujourd’hui...). Ensemble, ils lancent la première version d’OpenGarden, une application qui transforme un téléphone Androïd en HotSpot Wifi. En deux semaines, OpenGarden réunit déjà 10 000 utilisateurs sans aucune publicité. Le commercial Benoliel est ravi !

L’idée d’une connexion Internet via un réseau en mesh, soit interconnecté entre smartphones, germe alors dans sa tête. Micha refait appel à Stanislas Shalunov. Ils travaillent pendant un an sur la technologie des réseaux en mesh. La petite équipe lève alors laborieusement un million de dollars auprès de 15 business angels. Ils présentent l’application en 2012 au TechCrunch Disrupt de New York et gagnent le trophée de la start-up la plus innovante. 24 heures après cette consécration, ils lèvent un nouveau million de dollars (en 45 minutes cette fois-ci…). L’application réunit plusieurs millions d’utilisateurs en quelques mois.

Le réseau "disruptive" pour tous et partout

Open Garden fonctionne très bien, mais Micha souhaite aller plus loin en transformant le réseau de partage de connexion en un outil de messaging. L’application s’appellera FireChat et sera téléchargeable dès mars 2014. L’intérêt est de continuer à faire du messaging grâce à la technologie d’Open Garden, malgré la saturation ou l’absence de réseaux. En 10 jours, FireChat caracole dans le top 10 des applications les plus téléchargées à travers le monde.

Micha Benoliel observe alors une utilisation qu’il n’avait pas prévue. Pour échapper au contrôle et à la censure d’Internet par les États, les manifestants du monde entier commencent à utiliser FireChat comme un moyen d’organisation autonome. De Bagdad à Hong-Kong, en passant par Taïwan, l’application devient le meilleur outil des mouvements contestataires à travers le monde. Il se remémore avec fierté comment le leader des mouvements hongkongais, Joshua Hong, a participé à la célébrité de FireChat en appelant à l’utilisation exclusive de l’application. FireChat entre dans l’histoire. Bingo.

Connecting people

Serial inventeur et businessman, Micha est loin de se reposer sur ses lauriers. Sa quête est maintenant de réussir à apporter l’Internet mobile gratuit et illimité aux 5 prochains milliards de possesseurs de Smartphone dans les pays émergents. Son constat est simple : les infrastructures d’Internet mobile de ces pays ne seront pas assez résistantes pour supporter le poids de la bande passante. FireChat sera alors le moyen le plus simple et le plus économique pour échanger entre citoyens. CQFD.

Sa montre tactile lui indique qu’il est l’heure d’arrêter de raconter ses aventures, qu’il serait préférable de Skyper avec sa "girlfriend". Elle poirote depuis 20 minutes devant son écran à San Francisco. Micha résiste encore trois minutes aux vibrations de ses extensions numériques pour expliquer que la France est un vivier de talents, mais qu’elle manque d’un véritable écosystème bienveillant avec les entrepreneurs.

Micha se sauve, le chat n’attend pas.

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