Jean-Baptiste Kempf

President de VideoLAN

À la source de l’open

Par Jean-Baptiste Semerdjian

Président de l’association qui gère VLC, l’un des plus célèbres players de vidéos, Jean-Baptiste Kempf est un adepte de la vidéo en communauté.

Une chose est sûre, Jean-Baptiste Kempf n’est pas un bavard : ni chichis ni blablas. Quand le MC de VLC répond aux e-mails pour fixer un rendez-vous, c’est à coups de « oui » laconiques et de « non » tranchants. Rien de plus. Sûrement un peu conscient de l’importance de mettre des formes dans ses échanges, sa signature automatique se pare d’un « With my kindest regard ». Un gain de temps et d’énergie indéniable !

Des personnes regardent un film sur VL

Flashback

  • 30 février 1983

    Naissance
  • 1er août 1994

    Vit un an à Florence
  • 4 septembre 2003

    Entrée à Centrale
  • 18 décembre 2008

    Création de VideoLAN
  • 20 décembre 2012

    Création de VideoLabs

Straight to the Point

Cette lassitude pour les fioritures, notamment sociales, le poursuit depuis longtemps. Au collège déjà, une certaine littérature consacrée l’ennuie au plus haut point. « Je ne comprends toujours pas comment les professeurs de français peuvent barber les élèves pendant des heures sur un chiasme de Victor Hugo. » Pourtant, Jean-Baptiste est loin d’être un "lettrophobe" : « Les misérables, c’est génial ! Il y a des livres magnifiques avec des histoires et des rebondissements, mais les romans tristes, ça m’ennuie ! » L’affaire est close ; c’est un homme d’actions réfléchies, et pas de sentiments indécis.

Ce fils de professeur en macroéconomie préfère donc analyser les rouages du système économique que les torsions sentimentales de Madame Bovary. « Je comprends mieux l’économie que nos hommes politiques. Ils ne captent même pas la différence entre un coût et une valeur, et je ne parle même pas de la décroissance ! » Il part alors dans une explication très pragmatique à coups de carottes et de poireaux pour expliquer en quoi le mantra d’Arnaud Montebourg est complètement à l’ouest. Ce manque de rigueur politicienne le rebute. Un peu comme quand, plus jeune, il ne supportait pas les sports collectifs : « Le problème, ce sont les “pas-motivés” et ceux qui font genre. Moi, si je fais un truc, je le fais bien ou je ne le fais pas. Si ça te gonfle, tu fais autre chose. » Le message est clair !

« C’est la communauté open source dans le bon sens du terme : les gens qui font, prennent le pouvoir »

Les sciences sans méfiance

Lycéen à Henry IV, il s’intéresse à l’informatique et passe un bac S spécialité S. Il roule ensuite sa bosse des maths en prépa et intègre la très prestigieuse École centrale de Paris (il avait aussi le choix avec les Mines et l’ENS :o). Pourquoi Centrale ? « Car les cours n’étaient pas obligatoires ! », sourit notre Centralien.

À Centrale, il intègre l’association informatique, dont la mission est notamment de gérer le réseau de l’école. Il y double son cursus avec un M2 Recherche en supercalculateur et architecture des ordinateurs. On y étudie quoi en gros ? « Tu ne peux pas comprendre, on réfléchit surtout à la théorie de l’informatique. J’ai fini par un mémoire avec le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA pour les intimes) au sujet des défauts de cache dans les calculs lors des simulations via supercalculateurs ». Après ces aventures atomiques, il part un an à San Francisco, où il visite toute la Silicon Valley pour le compte du consulat français. C’est le choc. Il est ébloui par le "way-of-life" à l’américaine. « J’en retire une façon très positive de voir la vie. Tout le monde ne parle que de l’avenir ; c’est tellement différent de la France… » Il rentre pourtant en Gaule, et s’investit dans VLC.

 
«Tout ça 12 ans avant YouTube ! C’était complètement délirant pour l’époque »»
le logo de VLC

VLC, c’est OK

Flash-back : dans les années 1990, des étudiants de Centrale demandent à l’administration un meilleur réseau. Pour pouvoir mieux travailler selon les sources officielles ; pour pouvoir plus jouer à Doom selon les sources internes. L’école refuse, mais, grâce à un habile montage avec Bouygues, l’entreprise de BTP finance ledit réseau. Sauvés, les Centraliens pourront continuer à tronçonner des monstres tranquillement !

Nommé Network 2000, puis VideoLan, ce système permet notamment de décoder une émission satellite et de la répartir sur tout le réseau de manière gratuite. « Et tout ça 12 ans avant YouTube ! C’était complètement délirant pour l’époque », ajoute Jean-Baptiste, admiratif. L’histoire est belle. VideoLAN devient alors un projet de l’association du réseau de l’école, qui décide de reprendre le projet à zéro, et cette fois-ci en open source et multiplate-forme, avec notamment un player vidéo. Ce dernier s’appellera VideoLAN Client : notre fameux VLC ! Ce player tout terrain est déjà téléchargé un million de fois en 2003.

Most Valuable Player

C’est en 2006, trois années après avoir adhéré à l’association informatique de Centrale, que Jean-Baptiste Kempf s’implique vraiment dans VLC. « C’est open source, donc qui veut donner du temps propose ses services sur le forum, et on travaille tous ensemble à l’amélioration du media player. Et il y a toujours du travail !, s’exclame notre actuel président de l’association VLC. C’est la communauté open source dans le bon sens du terme : les gens qui font, prennent le pouvoir. »

En 2008, il sort VLC de Centrale et en fait une association de loi 1901. Le player devient international et passe full in English. En 2009, une version est téléchargée plus de 100 millions de fois. Quelques années plus tard, en 2012, Jean-Baptiste décide alors de créer une société qui travaille à l’optimisation de VLC pour des clients qui souhaitent profiter de la démocratisation du player. L’application compte aujourd’hui 300 millions de mises à jour et peut se targuer d’être la première application française utilisée dans le monde. Notre Centralien ne veut plus s’arrêter aux contraintes techniques ; son nouveau dada est maintenant de penser "contenus". À suivre.

Jean-Baptiste Kempf s’interroge alors sur l’idéologie sous-jacente à l’open source : plus communisme ou ultralibéralisme ? Disons organisation communiste au service d’une consommation ultralibérale. Il est 22 h passées de quelques minutes : Jean-Baptiste doit retrouver son chat qui miaule famine, et enfin pouvoir enlever son sweat-shirt arborant le logo VLC sur le cœur. Il part vite sans faire de manières (on était prévenus).

portrait précédent :

Le pubard sauvage

Une boîte, c’est une expérience sociale, c’est une machine qu’il faut lancer !

prev

portrait suivant :

Père à pairs

Quand on abandonne quelque chose auquel on croit vraiment, c’est comme un handicap pour la vie

next
La liste des portraits