Meryl Job

Fondatrice de Vide Dressing

Le diable s’habille en Prada

Par

Qui a dit que la France n’était pas un paradis pour les entrepreneurs ?

L’Oncle Sam ? À en croire le parcours de Meryl Job, Paris y ressemble pourtant. Cette américaine, amoureuse de la Ville Lumière, est venue à Paris il y a neuf ans. Pour y étudier d’abord, puis pour y travailler, dans le luxe, avant de lancer son site communautaire : Videdressing.

Sur son site, celles (et ceux) qui le souhaitent peuvent vendre ou acheter leurs articles de mode, des accessoires les plus cheaps aux chaussures les plus luxueuses. Le moyen de soulager notre appétit gargantuesque pour la mode à l’heure de la fast fashion et de l’explosion de l’immobilier. Chacun rêve d’un dressing, mais se retrouve avec son armoire Ikea, à faire cohabiter toute une vie de fripes, pour la plupart portées épisodiquement.

Une idée pour elle

Alors chez Chanel, l’idée de mettre en relation des acheteurs et des vendeurs, tous accumulateurs compulsifs de chiffons chics, trotte déjà dans sa tête alors qu’elle cherche à vendre ses objets de mode sur Internet. Mais où ? Ebay, où les tailleurs Chanel côtoient les housses d’iPhone et les CiBi ? Les dépôts-ventes, où les commissions sont mirobolantes et l'exposition très limitée ? Elle tombe alors sur les vide-dressings des blogueuses de mode et s'en inspire pour créer un vide-dressing communautaire où tous les passionnées de mode peuvent vendre leurs sapes.

Vide dressing fashion paris

Flashback

  • 1980

    Naissance
  • 2009

    Création de Videdressing.com
  • 2012

    Multiplication du CA par 5
  • Mars 2013

    Levée de fonds de 4,6 millions d'euros

Avec en permanence plus de 800 000 articles de 8 000 marques, Videdressing est devenu un phénomène pour les fashionistas du monde entier. Si le mot d’ordre est de ne rien garder et de tout vendre, permettant au passage d’acquérir des pièces sold out, vintage ou de très grand luxe (en moyenne 60 % moins chères qu’IRL), Meryl est aussi cliente de Videdressing. Elle y vend toujours ses pièces, en mettant un point d’honneur à garder des articles à valeur symbolique. C’est ainsi qu’elle conserve de son passage par la maison Chanel un très beau manteau qu’elle ne porte pourtant jamais, lui rappelant l’honneur qui lui a été fait de travailler pour la vénérable institution de la rue Cambon.

 
«Stay focused, work hard»
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Du matérialisme à la vie de l’esprit

Ce matérialisme ne se retrouve pourtant pas dans le lancement de Videdressing en 2009 par le biais de la love money, des fonds levés grâce à l’amour chaud et humide que vos proches ont pour vous, et de beaucoup d’huile de coude. La réussite de Videdressing ne s’explique pas non plus par le recours à l’une de ces agences dans lesquelles on vous dit que sans Rolex à votre poignet, point de salut. C’est par le bouche-à-oreille et quelques partenariats solides avec la presse féminine, très enthousiaste autour de ce projet, que Videdressing a pu réunir, en moins de 5 ans, 650 000 membres dans le monde entier.

Américaine et française

Derrière la business woman aguerrie se cache aussi un petit cœur qui bat. Meryl Job aime la littérature très fin-de-siècle d’Edith Wharton, qui met un point d’honneur à décrire les amours impossibles de la haute bourgeoisie languissante de New York. Meryl Job est également sensible à la douce poésie parfois anesthésiante des films de Wong Kar Wai. Mais méfiez-vous de l’eau qui dort. Ce qui compte avant tout pour Meryl, c’est la rapidité, l’action et le travail bien fait. Son côté américain qui dépote sans doute.

Si son motto favori reste “Stay focused, work hard”, nul doute qu’elle n’est pas prête de travailler en Crocs pour continuer à internationaliser toujours plus Videdressing. Nous l’imaginons plutôt dans une jupe couleur pastel criant sous la grande verrière de ses bureaux. Car, comme on dit à Paris : « Qui ne tente rien n’a rien. »