Michel Bauwens

Fondateur de la P2P Foundation

Père à pairs

Par Ahcène Amrouz

Bonhomme, cette force tranquille a tout du bon père de famille. Un père qui aurait tout compris aux nouvelles technologies et ne vous demanderait pas le code du wifi pour la énième fois.

Michel Bauwens semble n’être que paroles bienveillantes, encourageantes et parfois prophétiques pour un meilleur futur. Quand il parle de la révolution collaborative amenée par le pair à pair (P2P), qu’il suit depuis ses balbutiements, Michel ne fait pas dans le détail : Sauver le monde est le titre de son livre.

Michel Bauwens jeune

Flashback

  • 21 mars 1958

    Naissance en Belgique
  • Avril 2001

    Prise de conscience du pouvoir du P2P
  • Mars 2003

    Installation en Thaïlande
  • 2005

    Création de la P2P Foundation
  • 2015

    Publication de Sauver le monde

68 : l'épiphanie

Entré en révolution dès ses 10 ans, il est un témoin militant des bouleversements qui secouent alors la société. « Nous aspirions à autre chose, mais il nous manquait quelque chose pour transformer l’essai. » Et, vous l’aurez deviné, ce quelque chose, c’est Internet. Comme il le rappelle, il ne suffit pas d’être contre, il faut avoir une culture de la collaboration. Lucide, il reconnaît la responsabilité de la génération 68, la sienne, dans l’état du monde : « Il y a une seule chose que l’on a fait de bien : c’est d’avoir éduqué nos enfants dans le sens de l’autonomie et de la collaboration. »

Depuis, c’est le big bang. Internet a redonné vie à cette culture de la collaboration. Elle se matérialise dans des lieux aux noms toujours plus cools : barcamps, hackerspaces et autres fablabs. L’aspiration devient très vite une réalité, si bien que Michel Bauwens parle d’« avancée civilisationnelle ». Pour lui, le déclic a lieu en avril 2001, lorsqu’il comprend que l’innovation à la papa, c’est terminé. Fini les étapes de validation interminables et les mines de banquiers circonspects ; l’argent n’est plus un prérequis pour innover.

« Je fonctionne par des passions unitaires et, en général, tous les sept ans, je fais un burn-out.»

Burn-out en série

Avant d’être le post-capitaliste apaisé qu’il est aujourd’hui. Michel Bauwens a tout connu. Du moins, il a tout essayé. Rejetant le marxisme vers 23 ans, « plus trop à la mode »« Je suis monomaniaque, je fonctionne par des passions unitaires et, en général, tous les sept ans, je fais un burn-out. » Avec le P2P, sa passion unitaire depuis deux septennats, Michel Bauwens semble tenir le bon bout depuis Chiang Mai, au nord de la Thaïlande, où il vit depuis 2003.

 
«Désormais, la production est pensée, et elle sert la pensée des makers»
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La fin du monde ?

Celui qui se définit comme un twice born, rapport aux « varieties of various religious experiences » de William James, considère qu’il a terminé de se battre contre lui-même. Il est fin prêt à embrasser l’idéologie du siècle. Fini les burn-out, les crises et les pertes de temps. Michel Bauwens veut changer le monde en le parcourant. En 2005, il crée la P2P Foundation, qui est à la fois un laboratoire où l’on observe l’émergence du post-capitalisme et un accélérateur du changement de régime de valeurs (le bonheur avant l’argent). « On est en train de se déprolétariser, au sens premier du terme : le salariat est en déclin et les machines se miniaturisent, créant une nouvelle classe d’artisans pair à pair. Désormais, on ne détruit plus la connaissance des travailleurs pour mieux la capter ; la production est pensée, et elle sert la pensée des makers. »

Most Valuable Player

Si la bataille lui semble en passe d’être gagnée sur le terrain économique, Michel Bauwens est plus prudent sur le terrain politique français. « Ce pays est très particulier. Il y a énormément de projets à la base, mais c’est l’un des rares pays où il y a très de peu de miroirs et de relais dans les élites », analyse ce voisin belge éclairé. Selon lui, notre tradition jacobine et centralisatrice prend le pas sur la transversalité revendiquée par la révolution P2P. Il ne désespère pas pour autant de voir cette idéologie triompher de tout.« De nouveaux partis politiques ouverts au commun ont vu le jour, comme Syriza et Podemos, et des villes font aussi figure de pionnières, comme Séoul, Barcelone ou Bologne. »

C’est là que Michel Bauwens troque sa tunique de prophète pour celle de simple pèlerin, nous mettant en garde contre « la transparence et l’horizontalité à tout prix ». Il nous invite à regarder à la marge, à scruter les ouvertures, et à ne surtout pas nous endormir, car « le grand risque, c’est la paralysie. » À bon entendeur…

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À la source de l’open

Moi, si je fais un truc, je le fais bien ou je ne le fais pas. Si ça te gonfle, tu fais autre chose.

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