Robert Zarader

Président d'Equancy & Co

Penser l'homme solidaire

Par Maxime Verner

«Accomplir réclame de penser le monde»

Lorsque les expériences multiples doivent être résumées en deux mots, le commun des mortels cale. Pas Robert Zarader, le patron d’Equancy&Co, qui dégaine son motto : « Liberté et conseil ». Certains l’ont découvert planchant sur la marque France, d’autres pourfendant la bêtise économique ou théorisant le président normal. Mais vous auriez aussi bien pu le trouver le matin au troquet autour de son petit déjeuner complet (l’Équipe compris), posant sa carrure (imposante) et son regard (tendre et incisif) dans cette atmosphère simenonienne qui lui sied tant.

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Flashback

  • 1961

    Débarque au Blanc-Mesnil
  • 1974

    Rencontre Julien Dray sur les bancs de la fac de Villetaneuse
  • 1988

    Se lie d’amitié avec un jeune député, François Hollande
  • 2008

    Publie la bêtise économique, un essai à la rencontre de l’économie et de la politique, des mondes de la communication, des médias
  • 2012

    Son ami devient président et publication d’un ABCdaire de la réconciliation

Docteur CAC

Il faut dire qu’il en a fait du chemin, le petit Robert, depuis le rapatriement d’Algérie au Blanc-Mesnil. Dans sa famille nombreuse, ce sont sa curiosité insatiable et sa mémoire d’éléphant (qui lui permit de remporter maints concours radiophoniques) qui le distinguent. Un professeur a tôt fait de repérer le bon élève. Il le destine à une prépa commerciale, mais Robert ne s’y sent pas à l’aise. « Ce n’était pas mon milieu, je suis parti à la fac étudier l’histoire et l’économie », se souvient-il.

C’est à Villetaneuse qu’il rencontre son inséparable copain de banc, un certain Julien Dray. Un professeur d’économie, tout juste agrégé, lui propose alors de devenir chercheur. Il s’appelle Jean-Hervé Lorenzi. Après dix ans d’une carrière enseignante "classique", Robert le suivra en 1981 dans son équipe d’économistes atypiques, les premiers en France à travailler avec les entreprises. Leur credo : libérer les initiatives.

Ces francs-tireurs sont marginalisés par leurs confrères, alors que, trente ans plus tard, ils sont parmi les plus audibles. Ils s’appellent Joëlle Toledano, Éric Le Boucher ou encore Olivier Pastré, que Robert Zarader suit en 1987 dans le "capitalisme pur et dur" en partant à la direction de la dernière banque privatisée, avant d’aller restructurer le CNIT. Il se frotte à la direction de projet, au marketing, avant que le "roi de la Défense", le promoteur Christian Pellerin, finisse par lui proposer la direction de la communication du CNIT. « Comme Lorenzi, Pellerin ne choisit pas les gens sur des bases classiques », analyse-t-il rétrospectivement.

Inclassable

Lui non plus, il n’est d’aucun sérail, d’aucun moule. Encyclopédie sur pattes (comme ses cousins germains, Marlène et Jean-Pierre, philosophes infatigables), il court après les livres de philo comme d’autres chassent les rosettes à leur veston. Après avoir connu la fonction publique et le salariat, il lance sa propre boîte de communication en 1992. Par le jeu des alliances, il se retrouvera à diriger, pendant six ans, les entités corporate de BBDO, puis de TBWA. Mais, avec la disparition de Philippe Michel et de Jacques Pilhan, les agences, autrefois aventures socio-politiques, deviennent des palais de chimères, ce qui conduira Robert à créer Equancy&Co il y a six ans.

 
« Accomplir réclame de penser le monde »
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Homme de l'ombre

Fidèle en amitié, l’ancien étudiant libertaire a toujours gardé sa liberté de penser. En 1988, son ami Julien Dray, tout juste élu député, l’invite à déjeuner au Palais Bourbon et lui présente un nouvel arrivant, élu de Corrèze. Épaté par sa connaissance parfaite de l’équipe de rugby de Tulle, François Hollande tombe sous le charme de Robert Zarader. En 2002, le premier secrétaire d’un PS à terre demande au patron de BBDO de faire la communication de la campagne législative. Robert découvre les ténors du PS et limite la casse. Il retrouvera les éléphants en 2010, lorsqu’il décidera d’aider son ami à conquérir l’Élysée. Il n’y avait qu’eux deux, pour croire alors en la victoire, mais la relation amicale et intellectuelle des deux hommes ne s’en trouva que renforcée.

Nouvelle société

Robert Zarader n’a pas attendu le 6 mai 2012 pour penser la société. Il se dit que le rebond se fera dans un nouveau système. Selon lui, « l’État doit repenser son rapport aux citoyens et trouver comment créer les conditions de la croissance des individus. » Sa vision : l’ère du citoyen solidaire, autour de nouvelles forces de fraternité. Il la porte, avec ses collaborateurs, dans son ABCdaire de la Réconciliation.

Charité bien ordonnée commence par soi-même. Volontiers passeur, celui qui pense s’être fait par les rencontres tend la main. Sa fierté : « Chez Equancy & Co, la moitié de nos salariés sont d’anciens stagiaires. » Son approche, il peut même la résumer en un mot : l’in-discipline (ni Dieu ni maître ; tout est pluridisciplinaire ; tout doit être regroupé).

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